Un tiers des personnes âgées vivant en institution manifeste, à un moment donné, des comportements d’agressivité. Malgré l’absence de troubles psychiatriques graves, ce phénomène survient parfois de façon inattendue, déroutant familles et soignants.
Des facteurs neurologiques, la prise de certains médicaments ou des douleurs chroniques expliquent souvent ces changements soudains. L’entourage se retrouve alors confronté à des réactions difficiles à anticiper, qui n’étaient pas présentes auparavant.
L’agressivité chez les seniors : un phénomène fréquent mais souvent mal compris
Chez les personnes âgées, voir surgir soudainement de l’agressivité déstabilise. Les proches, désarçonnés, associent parfois ce comportement à une poussée de méchanceté. Pourtant, derrière ces réactions, il y a rarement une véritable volonté de blesser. Une parole dure, un refus catégorique, un geste brusque,autant de signaux qui, bien souvent, témoignent d’une souffrance intérieure ou d’un trouble qui s’installe en silence.
L’agressivité, en avançant en âge, se glisse dans le quotidien de multiples façons. Elle peut éclater par des mots cassants, s’exprimer par une opposition tenace à l’aide, ou s’installer dans l’attitude. Ce contraste entre l’avant et l’après trouble l’entourage. Les maladies neurodégénératives,démence sénile, maladie d’Alzheimer,figurent parmi les explications les plus courantes. Mais parfois, rien d’aussi évident : une douleur mal soulagée, une perte de repères, une frustration qui s’accumule au fil des jours suffisent à faire basculer l’équilibre.
Être agressif, à cet âge, ne relève pas toujours d’un choix. Beaucoup de seniors n’ont même pas conscience de ce changement. La perte d’autonomie, la solitude, le chagrin d’un deuil, la rupture d’une habitude… autant de fragilités qui s’ajoutent et rendent la personne plus vulnérable. L’agressivité devient alors une sorte de langage. Elle invite à regarder plus loin, à entendre ce qui ne se dit pas. Pour les professionnels, il s’agit moins d’un trait de caractère que d’un signal à prendre au sérieux.
Pour mieux cerner ces comportements, voici les causes le plus souvent retrouvées chez les personnes âgées :
- Aggravation d’un trouble cognitif : démence, maladie d’Alzheimer
- Conséquence d’une douleur physique ou psychique
- Réaction à la perte d’autonomie ou à l’isolement
Décoder ces attitudes passe par une attention fine aux détails. Les familles, souvent désorientées, se heurtent à des réactions imprévisibles, parfois blessantes. Pourtant, chaque sursaut, chaque mot de travers porte la marque d’un vécu, d’une histoire ou d’un besoin non entendu.
Quelles sont les causes psychologiques, physiologiques et cognitives de ce changement de comportement ?
L’agressivité chez la personne âgée n’apparaît pas sans raison. Les causes s’additionnent, se croisent, parfois de façon subtile, parfois de façon brutale. Sur le plan physique, plusieurs éléments reviennent fréquemment :
- une douleur chronique mal prise en charge
- un traitement médical aux effets secondaires lourds
- la progression d’une maladie neurologique telle que la maladie d’Alzheimer
- la démence sénile ou la maladie de Parkinson
Le corps parle. Quand il faiblit, il le fait savoir de mille façons : par la fatigue, la gêne, mais aussi par des réactions d’opposition ou d’agressivité.
Sur le versant psychologique, l’isolement, la disparition d’un être cher ou la perte d’autonomie viennent bouleverser l’équilibre. Frustration, anxiété, dépression creusent un vide qui peut s’exprimer par des attitudes défensives. L’arrivée dans une structure, un changement brutal d’environnement, agit parfois comme un choc. Quant à la maltraitance, ses conséquences laissent des traces longtemps après.
Sur le plan cognitif, la dégradation des capacités mentales brouille la compréhension du monde. Les troubles de la mémoire, la désorientation, les difficultés à communiquer génèrent confusion, peur, voire suspicion. L’agressivité devient alors une façon de réagir à ce sentiment d’être dépassé ou mal compris.
Les facteurs à surveiller sont donc multiples et s’imbriquent souvent :
- Douleur chronique
- Maladies neurodégénératives : Alzheimer, démence, Parkinson
- Isolement social, deuil, anxiété
- Changements brutaux ou maltraitance
Face à cette diversité de causes, l’écoute et l’observation prennent toute leur place. Chaque manifestation d’agressivité mérite d’être comprise à la lumière du contexte, du passé et du ressenti de la personne.
Quand l’entourage se sent démuni : comprendre l’impact sur la famille et les proches
Voir un parent ou un proche devenir soudainement irritable, voire hostile, bouleverse les repères. La famille, témoin direct, se retrouve souvent à bout de ressources, tiraillée entre incompréhension et lassitude. Les tensions s’invitent dans le quotidien : une remarque cinglante, une porte qui claque, une ambiance tendue pendant les repas… Rien n’est plus tout à fait comme avant.
Les aidants familiaux, en première ligne, assurent une présence constante et tentent d’anticiper les accès de violence. Ils gèrent les rendez-vous médicaux, surveillent les traitements, tentent de maintenir une vie sociale à flot. Mais la fatigue s’accumule, et la culpabilité aussi. L’interrogation revient sans cesse : pourquoi cette agressivité ? Pourquoi ces réactions qui ne ressemblent pas à la personne que l’on a connue ?
À ce stade, l’intervention d’une auxiliaire de vie ou l’appui d’un centre d’écoute peut devenir salutaire. Ces professionnels amènent un regard extérieur, soulagent les aidants, offrent de nouveaux repères. Leur présence rassure, même si la douleur de voir l’être aimé changé ne s’efface pas d’un coup de baguette magique.
Voici comment la famille et les proches s’organisent pour faire face :
- Soutien quotidien assuré par la famille et les aidants
- Aide à domicile via les auxiliaires de vie
- Écoute et surveillance par les centres spécialisés
La qualité de vie de la personne âgée, et celle de tout l’entourage, se trouve inévitablement modifiée. Apprivoiser cette nouvelle réalité, parfois teintée de souffrance physique ou morale, demande une grande capacité d’adaptation de la part de tous.
Des solutions concrètes pour prévenir et gérer l’agressivité au quotidien
Répondre à l’agressivité qui s’invite au fil de l’âge nécessite une approche sur mesure. Tout commence par l’identification des causes. Le professionnel de santé joue ici un rôle central : il évalue la situation, recherche une douleur persistante, un trouble cognitif ou un état dépressif qui aurait pu passer inaperçu. Parfois, ajuster un traitement, réorienter vers un psychologue ou explorer d’autres pistes s’impose.
L’environnement aussi compte. Un espace rassurant, des repères stables, la réduction des stimulations inutiles : autant de leviers qui peuvent apaiser des tensions. Certaines approches douces, comme les thérapies comportementales ou la musicothérapie, s’avèrent précieuses pour les personnes atteintes de maladies neurodégénératives. Intégrer des activités relaxantes,jardinage, écoute musicale,peut aider à retrouver un peu de sérénité.
Dans certains cas, faire appel à une auxiliaire de vie ou envisager l’EHPAD devient nécessaire. Ces relais professionnels apportent une nouvelle présence, soulagent les familles, et instaurent parfois un climat plus serein. L’apport de la téléassistance et de la domotique renforce la sécurité et permet à la personne âgée de rester chez elle, dans un environnement familier.
La communication joue un rôle de premier plan. Privilégier l’écoute active, la patience, la compréhension permet d’éviter l’escalade. Soutenir la parole et l’expression des besoins, sans brusquer ni infantiliser. Quand la tension devient trop forte, s’appuyer sur le réseau social,amis, associations, groupes de parole,fait souvent la différence.
L’agressivité, à mesure que les années passent, reste un signal. Ni une fatalité, ni une simple question de caractère. C’est un appel à la vigilance, à la réinvention du lien, pour que chaque jour garde sa part d’humanité, même dans le tumulte du grand âge.


