100 000 euros. Pas un centime de plus, pas un justificatif à fournir. Voilà la frontière que la loi trace, implacable, pour les dons d’argent faits à un enfant tous les quinze ans. Derrière ce chiffre massif, une mécanique fiscale fine, où chaque parent doit connaître ses droits, ses marges de manœuvre, et les pièges qui guettent celui qui confond générosité et imprudence.
Dons d’argent aux enfants : ce que dit la loi en 2026
Transmettre une somme à son enfant, sans paperasse ni démarche lourde, reste parfaitement possible, à condition de respecter quelques balises. Le don manuel, virement, chèque ou remise d’espèces, reste la voie la plus utilisée par les familles. Et la règle majeure, c’est l’abattement fiscal de 100 000 euros, applicable entre chaque parent et chaque enfant, renouvelable tous les quinze ans. Cette disposition, inscrite dans le Code général des impôts, permet de transmettre sans payer de droits, à condition de ne pas dépasser le plafond. Au-delà, les droits de donation s’appliquent automatiquement.
Le présent d’usage bénéficie d’une tolérance particulière : un don fait à l’occasion d’un anniversaire, d’un mariage ou d’un diplôme, tant que son montant reste cohérent avec la fortune du donateur, n’a pas à être déclaré ni justifié. Il n’existe pas de seuil légal : l’appréciation se fait cas par cas, en fonction des moyens et des habitudes familiales.
Pour les transmissions plus structurées, la donation-partage s’impose. Elle nécessite un notaire, anticipe la succession et garantit une répartition équitable. Les mêmes abattements fiscaux s’appliquent, mais la déclaration devient indispensable, sauf pour les simples présents d’usage.
Voici les principales mesures à retenir concernant les abattements et formalités :
- Le don familial de somme d’argent ouvre droit à un abattement supplémentaire de 31 865 euros, cumulable, à condition que le donateur ait moins de 80 ans et le bénéficiaire plus de 18 ans.
- Pour déclarer un don, le formulaire n°2735 est à remettre à l’administration fiscale.
Chaque parent dispose de son propre plafond pour chaque enfant, renouvelé tous les quinze ans. Pour les petits-enfants, neveux ou nièces, d’autres règles s’appliquent, avec des plafonds et modalités ajustés. Il convient de rester attentif, car le fisc vérifie la cohérence entre ce qui est transmis et la capacité financière du donateur.
Quels montants pouvez-vous donner sans justificatif ni déclaration ?
La distinction entre don manuel et présent d’usage n’est pas anodine. Un présent d’usage, offert pour un événement familial, n’a pas à être déclaré, à condition que son montant reste en phase avec les ressources du donateur. Pas de limite officielle : tout dépend du contexte et du patrimoine. L’administration jugera au cas par cas.
Le don manuel s’applique dès lors que la somme est remise sans occasion particulière. Là, la question de la déclaration surgit : pour des montants modestes, la discrétion prévaut. Mais dès qu’on atteint une somme inhabituelle, la déclaration fiscale devient incontournable pour éviter tout risque de requalification.
Quelques repères concrets pour mieux s’y retrouver :
- Un parent peut donner 500, 1 000, 2 000 euros pour un anniversaire. Si ses moyens le permettent, cela reste dans l’esprit du présent d’usage. Au-delà, le fisc pourrait y voir un don taxable.
- Un virement de 15 000 euros, sans occasion particulière, attire forcément l’attention. La déclaration devient alors impérative.
Le régime du présent d’usage séduit par sa souplesse, mais la frontière avec la donation taxable est ténue. En cas de litige, ce sont la régularité, le montant et la situation du donateur qui feront foi. Il est donc prudent de conserver la preuve de l’événement qui motive le don et d’attester de la proportionnalité entre le montant donné et les ressources.
Fiscalité, abattements et conditions : les règles à connaître pour éviter les mauvaises surprises
La fiscalité des dons d’argent aux enfants s’appuie sur des règles claires. Aucun don n’échappe à l’attention du fisc. Pour bénéficier de l’abattement de 100 000 euros par parent et par enfant tous les quinze ans, il suffit de respecter les plafonds et de déclarer le don si nécessaire. Cet abattement s’applique à l’ensemble des dons réalisés sur la période, qu’ils soient fractionnés ou non.
Au-delà de ce montant, le barème progressif des droits de donation s’applique : plus la somme transmise est élevée, plus le pourcentage prélevé augmente. Le fisc additionne tous les dons faits sur quinze ans pour déterminer la part taxable. Les présents d’usage, eux, restent hors du calcul, tant qu’ils respectent la proportionnalité attendue.
Dès que le plafond est franchi, la déclaration devient obligatoire via le formulaire 2735, à remettre au service d’enregistrement du domicile du bénéficiaire. Faire appel à un notaire n’est pas imposé pour un don manuel, mais cela peut offrir une sécurité en cas de litige. Pour les donations-partages ou celles portant sur un bien immobilier, la présence d’un professionnel du droit s’impose.
La cohérence entre patrimoine, montant donné et abattements déjà utilisés est systématiquement contrôlée. Cette transparence protège parents et enfants lors d’une succession ou en cas de contestation future.
Questions fréquentes et conseils pratiques pour transmettre sereinement à vos enfants ou petits-enfants
À partir de quel âge un enfant peut-il recevoir un don d’argent ?
Aucune limite d’âge n’est posée : même un enfant mineur peut recevoir une somme d’argent. Si le bénéficiaire n’a pas la majorité, le parent ou tuteur légal administre le montant donné, sous le regard éventuel du juge des tutelles si la somme est conséquente ou si la situation familiale l’exige.
Faut-il passer devant notaire ?
Pour un don manuel (remise d’espèces, virement, chèque), le passage chez le notaire n’est pas imposé. Toutefois, une attestation notariée peut être précieuse si une question se pose lors d’une succession ou d’une contestation. Pour une donation-partage ou l’intégration d’un bien immobilier, l’acte notarié est requis.
Pour clarifier les démarches administratives, voici les formulaires à utiliser :
- Le formulaire 2735 sert à déclarer un don manuel au service d’enregistrement du domicile du bénéficiaire.
- Le formulaire 2734 s’applique aux dons réalisés au profit d’une organisation d’intérêt général ou de la Fondation de France.
Peut-on donner à ses neveux, nièces ou petits-enfants ?
La générosité familiale ne s’arrête pas aux enfants directs. Un oncle ou une tante peut donner à un neveu ou une nièce, mais avec un abattement inférieur à celui prévu pour les enfants. Pour un petit-enfant, le plafond d’exonération atteint 31 865 euros tous les quinze ans.
Et l’assurance-vie dans tout cela ?
L’assurance-vie reste l’une des solutions préférées pour organiser la transmission de son patrimoine. Les fonds versés sur un contrat peuvent bénéficier d’exonérations spécifiques, en fonction de la date des versements et de l’âge du souscripteur au moment du dépôt. Restez attentif : le fisc peut requalifier des versements trop élevés s’ils excèdent ce qui serait jugé raisonnable par rapport à la situation du donateur.
Transmettre, ce n’est pas seulement donner : c’est choisir, anticiper, et parfois, savoir expliquer ses gestes. Au fil des décisions, le don d’argent se révèle un acte à la fois généreux et réfléchi, qui façonne bien plus que des lignes sur un relevé bancaire.


